92,5 millions d’euros d’économies attendues en 20281. C’est l’ambition de l’Assurance Maladie avec la prise en charge des systèmes d’aide à la décision médicale (SADM) instaurée par la LFSS 2026. Mais concrètement, qu’est-ce que c’est ? Comment fonctionne le financement ? Et surtout, comment ces outils peuvent-ils faire évoluer votre pratique quotidienne ? On répond aux questions dans cet article👇
Sommaire
Qu’est-ce qu’un SADM ?
Un SADM est un outil informatique qui vous conduit à « obtenir rapidement une réponse fiable à une question clinique qui se pose au quotidien », selon le Pr. Alain Mercat. Ils reposent sur trois fondements :
- Des données probantes et fiables : fondées sur les preuves de sources bibliographiques validées.
- Des informations utilisables au chevet du patient : accessibles en temps réel pendant la consultation.
- Une donnée régulièrement actualisée : les informations doivent refléter les dernières recommandations.
Il repose sur une base de connaissances médicales mise à jour en continu, et couvre tout ou partie des activités cliniques : prévention, diagnostic, prescription médicamenteuse, suivi des maladies chroniques2
À quoi sert un SADM au quotidien ?
Les retours d’usage de terrain convergent autour de trois cas d’usage complémentaires :
- L’aide à la décision ponctuelle : face à une situation complexe ou inhabituelle, il permet d’accéder immédiatement à la pertinence des traitements, aux recommandations actualisées, aux alternatives thérapeutiques. Particulièrement utile pour les situations à débat ou les prises en charge pluripathologiques.
- La mise à jour des connaissances : le SADM aide à rafraîchir des notions pour être plus à l’aise dans les explications au patient et à sa famille. Il permet aussi de remettre en question des protocoles de soin habituels pour l’optimiser.
- La formation et l’enseignement : les internes et jeunes praticiens peuvent l’utiliser comme support pédagogique en lien avec la mise à disposition de données issues de la littérature internationale.
Prendre en compte le contexte patient en lien avec son dossier médical
Un SADM doit être intégré au sein du logiciel métier du professionnel de santé et interfacé avec le dossier médical du patient pour :
- délivrer des informations contextuelles adaptées à chaque situation clinique spécifique
- enrichir le dossier médical notamment en étant interconnecté avec le téléservice d’ordonnance numérique
⚠️ L’intégration dans le workflow du médecin est un facteur d’usage déterminant. Si le professionnel doit quitter son logiciel habituel pour aller chercher une information dans un autre outil, l’impact réel de l’outil risque d’être limité.
Cette intégration est également essentielle pour éviter un biais de sélection : si le médecin utilise l’outil uniquement lorsqu’il a déjà identifié un problème, le SADM ne corrige pas les situations où l’erreur ou l’oubli n’a pas été repéré. C’est précisément là que l’intégration au sein du logiciel du prescripteur prend toute son importance.
Une alternative fiable aux IA publiques
Face à la tentation de consulter les IA génératives publiques, les SADM offrent une information mieux encadrée, fondée sur des référentiels médicaux identifiés et conçue pour un usage professionnel de santé.
Lorsque l’usage de ces IA génératives est bloqué (on pense notamment à OpenEvidence), ou interdit d’accès à l’échelle de l’établissement par les DSI afin de cadrer l’usage, les SADM deviennent alors des outils précieux.
L’enjeu n’est pas de dénoncer l’usage de l’intelligence artificielle, mais de fournir des outils adaptés : un SADM doit s’inscrire dans un cadre de qualité, de sécurité, de traçabilité et de responsabilité adapté à la décision médicale.
Pourquoi adopter un SADM ?
Pour gagner du temps médical
Accéder en quelques secondes à une synthèse actualisée sur une pathologie, une interaction médicamenteuse ou un protocole thérapeutique : c’est du temps libéré à chaque consultation.
Pour fiabiliser le diagnostic et la prescription
Le SADM réduit les erreurs liées à des connaissances obsolètes ou à la mémorisation imparfaite de recommandations qui évoluent. Il offre un filet de sécurité sans se substituer au raisonnement clinique.
Pour assurer la conformité réglementaire et la qualité des soins
Les SADM éligibles au financement de l’Assurance maladie devront reposer sur les recommandations actualisées de la HAS et des sociétés savantes ainsi que sur un marquage CE. Utiliser un SADM certifié, c’est s’assurer d’une pratique alignée avec les standards de qualité reconnus.
Pour s’appuyer sur un outil conçu pour l’usage médical
Contrairement aux IA génératives généralistes, un SADM a vocation à être utilisé dans un cadre professionnel, avec des exigences spécifiques en matière de fiabilité des sources, de sécurité des données, d’intégration logicielle et de responsabilité médicale.
LAP vs SADM : quelle différence ?
👉 Le LAP, ou logiciel d’aide à la prescription, intervient principalement au moment de la prescription. Il vérifie notamment les interactions médicamenteuses, les contre-indications, les posologies ou encore certaines alertes liées aux caractéristiques des produits prescrits.
Sa limite ? Il peut valider techniquement une ordonnance d’antibiotique pour une migraine, même si la prescription est non pertinente sur le plan clinique, mais s’assurera que l’antibiotique choisi est à la bonne dose, au bon rythme et sans interaction identifiée.
👉 Le SADM va plus loin et ne se limite pas à la vérification de l’ordonnance : il peut aider à contextualiser une situation clinique, à éclairer une décision diagnostique ou thérapeutique, et à proposer des informations pertinentes au regard du dossier patient.
Il peut contribuer à identifier les options diagnostiques ou thérapeutiques les plus pertinentes au regard du contexte clinique, tout en se laissant le choix de ne pas répondre lorsqu’il ne connait pas la réponse. Il ne doit jamais se substituer au jugement du professionnel de santé.
Autrement dit, le LAP sécurise principalement l’acte de prescription / le SADM vise à accompagner plus largement la décision médicale.
LFSS 2026 : l’Assurance Maladie finance les SADM
L’Assurance Maladie entend doter les professionnels de santé d’outils performants pour atteindre plusieurs objectifs :
- Encourager à la déprescription lorsque cela est pertinent (notamment pour les IPP et antibiotiques) et limiter la polymédication
- Faciliter la prise de décision clinique
- Libérer du temps médical pour les consultations
- Améliorer la qualité et la sécurité des soins
L’atteinte de ces objectifs combinés fait aussi espérer à l’Assurance Maladie des économies substantielles.
Selon l’étude d’impact : « Il est attendu une meilleure acceptabilité des SADM, par rapport aux LAP seuls, par les médecins, en raison de la plus grande pertinence du système d’aide du fait d’une plus grande intégration des éléments cliniques du dossier et de l’adossement aux dernières recommandations médicales. »
Ce que dit l’article 84
L’article 84 de la LFSS pour 2026 (ex-article 30) instaure pour la première fois un financement public des SADM et des systèmes d’aide à la dispensation pharmaceutique. Les pouvoirs publics travaillent actuellement avec plusieurs acteurs : ministère, DNS, CNAM, HAS, éditeurs, professionnels de santé, représentants de patients, afin de définir les modalités concrètes du dispositif.
Un SADM pourra faire l’objet d’une convention entre son fabricant et la CNAM, sous réserve de remplir plusieurs conditions cumulatives :
- Marquage CE
- Certification d’interopérabilité, de sécurité et d’éthique
- Conformité au référentiel de pertinence établi par la HAS
- Adossement à un LAP certifié HAS V2 et à une base de médicaments agréée
- Conformité au règlement européen sur l’IA (systèmes à haut risque) à compter d’août 2026
- Forte intégration dans les logiciels médicaux, avec capacité à interpréter les données diagnostiques, biologiques et thérapeutiques du dossier patient
- Facilité d’utilisation et confort décisionnel pour les médecins3
Un financement progressif fondé sur les économies générées
Le mécanisme de financement est inédit : il est conditionné aux résultats.

Le mécanisme de financement repose sur une logique d’intéressement aux résultats : la rémunération du fabricant sera liée aux économies générées pour l’Assurance Maladie par le recours au SADM. Les modalités précises (procédure de sélection, durée maximale du financement, calendrier d’évaluation et conditions de versement) doivent encore être définies par décret en Conseil d’État.
Les SADM deviennent-ils un enjeu de santé publique ?
La prise en charge des SADM s’inscrit dans un contexte plus large de pertinence des prescriptions pour faire face à plusieurs enjeux majeurs : la polymédication, la surprescription d’antibiotiques, la prescription prolongée de certains traitements comme les inhibiteurs de la pompe à protons, les benzodiazépines ou encore la iatrogénie médicamenteuse.
En France, une ordonnance comporte en moyenne sept médicaments. Cette moyenne recouvre des situations très différentes, allant de prescriptions simples à des cas de polymédication, notamment chez les patients âgés.
La surprescription d’antibiotiques constitue également un enjeu important : avec une prescription d’antibiotiques environ 25 % plus élevée en France qu’en Allemagne. La iatrogénie médicamenteuse représenterait, elle, environ 12 000 décès par an.
Dans ce contexte, les SADM peuvent devenir des leviers de santé publique. Leur objectif n’est pas seulement d’aider le médecin individuellement, mais aussi de contribuer à une prescription plus pertinente, plus sûre et plus soutenable pour le système de santé.4
Un groupe de travail est déjà constitué
Les modalités d’application de la loi sont encore en discussion.
Pour définir le cadre opérationnel des SADM, les institutions ont engagé des travaux avec plusieurs parties prenantes :
- pouvoirs publics
- Assurance Maladie
- Haute Autorité de Santé
- professionnels de santé
- experts du numérique en santé
- représentants de patients
- et éditeurs de logiciels, dont Ordoclic fait partie.
Ce groupe de travail doit notamment permettre de préciser les critères d’éligibilité des solutions, les modalités d’évaluation, les indicateurs associés aux objectifs poursuivis et les conditions de suivi dans le temps. L’enjeu est de construire un cadre à la fois exigeant, utile pour les médecins et réaliste pour les éditeurs.
FAQ
Quelles sont les conditions pour qu’un SADM soit pris en charge ?
Le SADM doit avoir un marquage CE, une certification d’interopérabilité de sécurité et d’éthique, être validé par le référentiel HAS, reposer sur un LAP certifié HAS V2 et une base de médicaments agréée, et être conforme au règlement européen sur l’IA dès août 2026. Il doit également être fortement intégré dans les logiciels médicaux et facile d’utilisation. Les modalités précises de conventionnement et de financement doivent encore être précisées par les textes d’application.
Les SADM peuvent-ils remplacer les médecins ?
Non, absolument pas. Les SADM sont des outils d’aide à la décision, pas de substitution. Ils fournissent des informations et recommandations pour éclairer le jugement du praticien, mais la décision finale reste toujours du ressort du professionnel de santé qui connaît le contexte global de son patient.
Comment fonctionne le financement des SADM ?
Le financement des SADM repose sur une logique d’intéressement aux résultats : la rémunération du fabricant sera liée aux économies générées pour l’Assurance Maladie grâce à l’utilisation du SADM. Un SADM pourra faire l’objet d’une convention entre son fabricant et l’UNCAM, sous réserve de respecter les conditions prévues par la loi. Les modalités précises (sélection des solutions, durée du financement, évaluation et calcul de l’intéressement) doivent encore être définies par décret.
Les SADM fonctionnent-ils avec l’intelligence artificielle ?
Certains SADM peuvent intégrer des technologies d’IA, mais ils doivent alors être conformes au règlement européen sur l’intelligence artificielle en tant que systèmes à haut risque (obligation dès août 2026). Leur fiabilité repose avant tout sur des bases de connaissances médicales validées, des recommandations actualisées et une logique de médecine fondée sur les preuves.
Sources
- Article – TICsanté : Une prise en charge des logiciels d’aide à la prescription par l’assurance maladie inscrite au PLFSS ↩︎
- Vidéo – Pr. Alain Mercat – Les systèmes d’aide à la décision médicale (SADM) ↩︎
- LégiFrance – Article 84 LOI n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 (1)
↩︎ - Article – TICpharma – Les logiciels d’aide à la prescription ne seront vraisemblablement pas pris en charge avant « 2027-2028 » ↩︎
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